Pour améliorer l’autonomie d’un véhicule électrique, faut-il forcément augmenter la taille de la batterie ? Pas nécessairement. Certaines des avancées les plus prometteuses se jouent ailleurs, dans des composants souvent invisibles aux yeux du grand public. C’est le pari qu’ont fait Renault Group et Continental en travaillant ensemble sur les pneus à faible résistance au roulement. Une collaboration où expertise pneumatique, simulation numérique et essais sur route ont permis d’explorer de nouvelles voies pour améliorer l’efficience énergétique des véhicules électriques.
À retenir
Les pneumatiques représentent environ 20 % de la consommation énergétique d’un véhicule électrique.
Renault Group et Continental ont travaillé ensemble pour développer des pneus à très faible résistance au roulement.
Le projet a combiné simulation numérique et essais physiques.
Le simulateur ROADS a permis d’accélérer le développement et d’explorer davantage de solutions.
Les gains obtenus ont été réalisés sans compromis sur la sécurité ni sur le comportement du véhicule.
Les enseignements du projet alimentent déjà de futurs développements chez Renault Group.
Derrière l’autonomie de la voiture électrique se cachent de multiples défis
La batterie n'est pas le seul levier de l'autonomie électrique. À lui seul, le pneumatique représente près de 20 % de la consommation énergétique d'un véhicule électrique. Une proportion souvent méconnue, qui explique pourquoi Renault Group et Continental ont décidé d'en faire un terrain d'innovation. Au-delà de l'autonomie, le pneumatique représente également une part importante de l'empreinte carbone d'un véhicule électrique, ce qui renforce encore l'intérêt de ces travaux.
À chaque tour de roue, le pneu se déforme au contact de la route. Cette déformation génère une perte d’énergie appelée résistance au roulement. Réduire cette résistance est donc l’un des leviers les plus efficaces pour améliorer l’autonomie sans augmenter la taille de la batterie.
C’est précisément ce défi que les équipes du programme Futurama de Renault Group ont décidé d’explorer. Leur ambition : repousser les limites de l’efficience énergétique en s’attaquant à l’ensemble des sources de consommation du véhicule.
« Aujourd’hui, on voit bien que la transition vers l’électrification fonctionne sur les véhicules urbains. Ce qui ne s’accélère pas aussi vite, c’est le basculement des grands rouleurs. »
Très vite, un constat s’impose. Développer un pneu à faible résistance au roulement ne consiste pas simplement à réduire les frottements.
« Quand les constructeurs automobiles ou les équipementiers cherchent à réduire la résistance au roulement, ils ne veulent plus de compromis. Il faut pouvoir réduire la résistance au roulement, mais garder le même niveau de prestation. »
Réduire la résistance au roulement est relativement simple. Le faire sans dégrader le freinage, le confort ou le comportement du véhicule est une tout autre affaire. Pour relever ce défi, Renault Group a choisi de s’appuyer sur l’expertise de Continental.
Un partenariat stratégique au-delà de la relation client-fournisseur
Renault Group connaît le véhicule. Continental connaît le pneumatique. L’enjeu du projet était de faire dialoguer ces deux expertises le plus tôt possible afin d’explorer des solutions inédites. Pour Gilles Enjolras, le projet illustre avant tout une nouvelle manière d’innover : savoir s’entourer des meilleurs experts pour progresser plus vite. Du côté de Continental, les objectifs fixés par Renault Group vont bien au-delà des standards habituellement observés dans l’industrie. Les équipes comprennent rapidement qu’elles participent à un projet différent, dans une relation qui dépasse progressivement le cadre traditionnel.
« On a vraiment ressenti la volonté d’avoir un partenariat et pas simplement une relation client-fournisseur. »
Ingénieurs châssis, spécialistes pneumatiques, experts simulation, essayeurs : chacun apporte sa connaissance du sujet. Les équipes Renault Group apportent leur connaissance du véhicule et des attentes clients. Les experts Continental travaillent sur les matériaux, la structure du pneu et ses performances. Chaque évolution est évaluée sous les deux angles avant d'être validée.
Cette proximité permet surtout de tester plus rapidement des solutions qui auraient été plus difficiles à explorer dans une relation plus classique. Ici, la confiance mutuelle et le partage des compétences créent un terrain favorable à l’innovation.
Simulation numérique et essais physiques : ROADS fait les bons choix
Pour développer un pneumatique, il ne suffit pas de mesurer sa résistance au roulement. Encore faut-il comprendre comment il influence le comportement global du véhicule. Direction, freinage, stabilité, confort : la moindre évolution du pneu peut avoir des conséquences sur l'ensemble de l'expérience de conduite.
C'est là qu'intervient ROADS, le simulateur de conduite de Renault Group. Grâce à lui, les équipes Renault Group et Continental ont pu évaluer très tôt l'impact de différentes solutions techniques avant même la fabrication des premiers prototypes. L'objectif n'était pas de remplacer les essais physiques, mais d'orienter plus rapidement le développement.
« On a vraiment ressenti la volonté d’avoir un partenariat et pas simplement une relation client-fournisseur. »
Les résultats obtenus dans le simulateur étaient ensuite confrontés aux essais réels menés par les équipes Renault Group et Continental. Ce dialogue permanent entre monde virtuel et terrain a permis d'affiner progressivement les choix techniques et de concentrer les efforts sur les solutions offrant le meilleur équilibre entre autonomie, sécurité et agrément de conduite.
Des pneus à faible résistance au roulement au profit de l’autonomie de la voiture électrique
Les résultats obtenus sont à la hauteur de l'ambition initiale. Les concepts explorés ont montré un potentiel pouvant atteindre jusqu'à 35 % de performance supplémentaire par rapport à des pneumatiques standards déjà classés A.
« Ce que nous avons réalisé en un an, c'est trois ans de travail sur support physique », estime Gilles Enjolras.
Même constat chez Continental. Les simulations ont permis d'arriver aux premiers prototypes avec une vision beaucoup plus claire des solutions à privilégier.
« Le gros avantage, c'est que ça nous permet d'aller dans une direction et de gagner du temps », explique Grégory Fargier.
Ces travaux confirment l'intérêt de cette approche. Les équipes ont démontré qu'il était possible de réduire significativement la résistance au roulement tout en conservant les niveaux de sécurité, de confort et de comportement attendus par les clients des véhicules du Groupe.
Les enseignements tirés de cette collaboration dépassent largement le cadre de ce projet. Les méthodes mises en place entre Renault Group et Continental, la complémentarité entre simulation et essais physiques ainsi que les connaissances acquises sur les pneumatiques à faible résistance au roulement alimentent déjà les réflexions sur les futurs véhicules du Groupe.
Car les prochaines avancées de l'électrique ne viendront pas forcément d'une innovation spectaculaire ou d'une rupture technologique unique. Elles naîtront aussi de nombreuses améliorations ciblées, parfois invisibles, capables d'augmenter l'autonomie, de réduire la consommation énergétique ou de limiter l'empreinte carbone. C'est précisément cette logique qu'illustre ce projet : celle d'une innovation collective, pragmatique et continue, au service d'une mobilité toujours plus efficiente.
FAQ
Parce que leur résistance au roulement représente environ 20 % de la consommation énergétique d’un véhicule électrique. Réduire cette résistance permet d’augmenter l’autonomie sans modifier la batterie.