Renault Group et le Mondial de l’Auto de Paris : deux histoires qui n’en font qu’une (#1)

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Renault Group et le Mondial de l’Auto de Paris : deux histoires qui n’en font qu’une (#1)

Sommaire de l'article

Salon de l’Auto 1949, stand Renault

En juin 1898, pour avoir le droit d’être exposée à ce qui s’appelait alors « l’Exposition internationale d’automobiles », une voiture devait d’abord prouver qu’elle savait rouler. L’Automobile club de France (ACF), à l’origine de ce nouvel événement, imposait aux véhicules candidats de faire le trajet Paris-Versailles-Paris : une quarantaine de kilomètres par leurs propres moyens. Aucun cheval, aucune remorque. Le salon de Paris est né comme un examen de passage.

Sous de larges tentes dressées dans le jardin des Tuileries, plus de 250 exposants présentent 232 modèles, et déjà des véhicules électriques ! L’exposition attire près de 150 000 visiteurs, un chiffre qui prend tout le monde de court. Benz, Daimler ou encore Peugeot sont là… mais pas Renault.

Six mois plus tard, le 24 décembre 1898, un jeune homme de vingt et un ans gravit la rue Lepic, à Montmartre, au volant d’une voiturette de sa fabrication. Il en redescend avec douze commandes fermes. L’entreprise Renault Frères sera constituée quelques semaines plus tard et c’est en juin 1899, à la deuxième édition du salon, que la marque s’expose pour la première fois : le début d’un rendez-vous parisien qu’elle n’a plus jamais manqué.

En 2026, le Mondial de l’Auto fête ses 128 ans et tient sa 91ᵉ édition. L’écart entre ces deux chiffres n’est pas une erreur de calcul : ces éditions manquantes s’expliquent notamment par les deux guerres mondiales, la pandémie de Covid19, mais aussi, depuis les années 1970, le passage à un rythme biennal.

C’est cette histoire à deux voix que nous vous proposons de remonter : celle d’un salon qui a changé trois fois d’adresse et plusieurs fois de nom, et celle d’un constructeur qui y a dévoilé, édition après édition, ses modèles et ses paris.

Voilà le premier volet de cette saga qui retrace cette histoire à deux voix.

1898-1961

Le temps des verrières :  quand un salon et un constructeur grandissent ensemble

À retenir

  • 1899 : Renault participe pour la première fois au Salon de l’Automobile de Paris, avec la Type A, et y expose déjà une innovation technique : sa boîte de vitesses à prise directe.
  • 1946 : après la Seconde Guerre mondiale, la Renault 4CV devient la vedette du salon et suscite un engouement exceptionnel auprès du public.
  • 1959 : Renault mise sur l’Estafette, dont les qualités sont directement éprouvées par des professionnels sur le stand.
  • 1961 : la Renault 4 investit le Grand Palais et fait l’objet d’une vaste opération d’essais dans Paris, avec plus de 60 000 personnes qui auraient pris le volant.
  • 1962 : devenu trop étroit, le Grand Palais laisse place à la Porte de Versailles, qui devient le nouveau domicile du salon.

1899-1913 : le salon comme banc d'essai

Après s’être tenu aux Tuileries, le salon s'installe sous la verrière du Grand Palais en 1901, tout juste construit pour l'Exposition universelle de 1900. Il y restera soixante ans.

Le salon de 1899 marque la première apparition publique de la marque Renault qui expose la Type A, la Voiturette, dont la presse salue l’élégance. Mais la vedette, c’est avant tout le mécanisme. Louis Renault a déposé en février de la même année le brevet de la boîte de vitesses à prise directe, qui supprime chaînes et courroies au profit d'un arbre à cardan. Et sur le stand, il n'expose pas seulement la voiture, il montre le mécanisme à nu que les visiteurs peuvent actionner. Une soixantaine de commandes fermes sont attribuées pendant l’événement.

En 1905, la marque change d'échelle. La Type AG, bicylindre robuste et économique, tape dans l'œil de la Compagnie française des fiacres automobiles qui en commande 250 exemplaires pour créer la première grande flotte de taxis parisiens. Neuf ans plus tard, ces mêmes voitures entreront dans la légende sous le nom de taxis de la Marne.

Le saviez-vous ?

Jusqu’à la première guerre mondiale, le constructeur ne vend qu’un châssis roulant : moteur, transmission, direction, roues. Le client confie ensuite ce châssis à un carrossier, qui dessine et fabrique la caisse sur mesure. Ces carrossiers ne sont pas des sous-traitants mais des maisons de création, héritières des artisans de la voiture hippomobile. Ils ont leur propre syndicat, distinct de celui des constructeurs. La généralisation de la carrosserie autoportante et de la grande série les fera peu à peu disparaître.

1914-1918. Le salon ferme. Billancourt se convertit aux camions, aux ambulances et au char FT pour les besoins de la Première guerre mondiale.

1919-1938 : le Grand Palais des années folles

Le salon rouvre en 1919 et devient le grand rendez-vous mondain de la rentrée. L'automobile est un objet de luxe que l'on expose et qui fait rêver. La fréquentation grimpe d'année en année ; en 1928, 1 200 exposants sont présents.Sur le stand Renault, en octobre 1928, le constructeur opère un tournant en dévoilant la Reinastella et la Vivastella. C'est la naissance de la griffe Stella, qui désigne les modèles haut de gamme. Pour loger le premier 8 cylindres en ligne de la marque, les ingénieurs abandonnent le capot plongeant pour une calandre verticale ornée d'une étoile chromée.

Le saviez-vous ?

Le Krach de 1929 atteint l’Europe et frappe durement l’industrie française : la production tombe de 230 000 à 179 000 véhicules entre 1930 et 1935. Pourtant, le salon n’a jamais été aussi beau : la carrosserie française vit son âge d’or au moment même où les constructeurs vacillent.

1939-1945. La Seconde Guerre mondiale éclate. Le salon ferme à nouveau.

1946-1961 : les salons de la reconstruction et des modèles iconiques

Le Grand Palais rouvre le 3 octobre 1946 dans une France rationnée. Cette édition attire 810 000 visiteurs en dix jours, le double de la fréquentation d'avant-guerre, et les files d'attente s'étirent du portail d'honneur jusqu'aux bords de la Seine. Et ce pour des voitures que personne ne peut acheter : l'industrie manque de matières premières et l'achat d'un véhicule neuf est soumis à une autorisation d'État.

Renault présente la 4CV , développée dans la clandestinité pendant la guerre. Premier véhicule à moteur arrière de la marque, légère et économique, elle est la première voiture de série français à dépasser le million d'exemplaires. C'est, sans conteste, la coqueluche du salon.

Baptisée ‘motte de beurre ‘ par le public qui découvre ses formes rebondies et sa teinte jaune pâle, la 4CV déchaîne un engouement que le constructeur n'avait pas anticipé. Pour s'asseoir à bord, les visiteurs patientent des heures dans des files qui débordent sur les stands voisins. Le service d'ordre du Grand Palais réclame des renforts de police et la presse de l'époque raconte qu'il était impossible d'approcher la voiture à moins de dix mètres sans jouer des coudes.

En 1959, l'Estafette ou la démonstration par la preuve. L'Estafette, révélée pendant l'été, est au salon pour son lancement commercial. L'enjeu est majeur : avec cet utilitaire à cabine avancée, plancher plat et seuil de chargement très bas, Renault rompt avec l'architecture à moteur arrière qui définit la marque depuis la 4CV. C'est le premier véhicule à traction avant de son histoire.

Reste à convaincre les professionnels eux-mêmes. Plutôt que de longues explications, Renault organise sur son stand un championnat de France des conducteurs-livreurs. De vrais professionnels enchaînent, sous les yeux du public, des manœuvres de chargement et de déchargement chronométrées. Le rayon de braquage et le seuil bas sautent ainsi aux yeux. Le vainqueur repartira au volant d'une Estafette neuve.

L'opération est une triple réussite : elle prouve les qualités du véhicule par l'usage plutôt que par le discours ; elle fait des usagers finaux les prescripteurs et les ambassadeurs du produit, tout en valorisant leur métier ; elle anime le stand et lui apporte une large couverture médiatique.

En octobre 1961, la Renault 4 arrive au Grand Palais précédée d'une opération sans équivalent. Présentée à la presse fin août, elle se heurte au scepticisme d'une partie du réseau : certains concessionnaires la trouvent disgracieuse. Renault choisit de confier directement la voiture aux usagers. C'est l'opération ‘Prenez le volant’. Deux cents Renault 4 sont stationnées sur des points de rassemblement dans Paris, pendant toute la durée du salon. Les curieux s'y présentent, s'inscrivent auprès des hôtesses et partent pour un essai au cœur de la capitale. Plus de 60 000 Parisiens auraient ainsi testé la voiture ! Sur le stand, même logique : démonstrations et animations sont privilégiées pour valoriser le premier hayon sur une berline populaire, un plancher plat rendu possible par la traction avant et l'absence d'entretien, grâce à un circuit de refroidissement scellé et à la suppression des points de graissage.

Rue et stand fonctionnent en miroir, chacun renforçant l'autre : c'est ce que l'on appellerait aujourd'hui une campagne 360°, où chaque point de contact délivre le même message.

1962, le déménagement. Devenu trop étroit pour des millions de visiteurs et des stands toujours plus vastes, le salon quitte définitivement le Grand Palais et s'installe au parc des expositions de la Porte de Versailles, réunissant automobiles, motocyclettes, cycles et véhicules industriels sur un seul site. Le nom, la durée et le concept évolueront encore mais le lieu, lui, ne changera plus.

Prochain épisode : 1962-2024 ! À découvrir prochainement !

Merci à Renault Histoire pour sa contribution à cette série d’articles !

FAQ

Renault participe pour la première fois au salon en juin 1899, lors de la deuxième édition de l’événement. La marque y présente notamment la Type A, ou Voiturette.

La première édition se déroule en 1898 dans le jardin des Tuileries. À partir de 1901, le salon s’installe sous la verrière du Grand Palais, où il restera pendant soixante ans.

La Renault 4CV, développée dans la clandestinité pendant la guerre, est présentée lors de la réouverture du salon en 1946. Elle rencontre un succès populaire considérable auprès des visiteurs.

Pour démontrer concrètement les qualités de son nouvel utilitaire, Renault organise sur son stand un championnat de France des conducteurs-livreurs. Des professionnels réalisent des manœuvres de chargement et de déchargement chronométrées.

En 1962, le salon quitte définitivement le Grand Palais, devenu trop étroit face à l’affluence et à la taille croissante des stands. Il s’installe au parc des expositions de la Porte de Versailles.